Portait d’agent #7 : Éric, agent de conduite : « Depuis petit, ma passion ce sont les trains »

Il a toujours su au fond de lui qu’il voulait conduire des trains. Seulement voilà : avant de se rendre à l’évidence, la vie professionnelle d’Éric, 44 ans, a été bien différente. 

Du monde de la santé à celui des transports, le pas franchi n’est pas fréquent, et c’est pourtant celui qu’a réalisé Éric en 2006. Auparavant, son parcours étudiant l’avait amené à suivre, au milieu des années 1990, les cinq années d’études nécessaires, et en alternance, pour l’obtention du diplôme de préparateur en pharmacie. Une fois celui-ci en poche, au lieu de poursuivre en officine sa carrière, il forme les pharmaciens sur plusieurs logiciels de gestion. « J’ai toujours aimé transmettre, apprendre, aider dans le milieu professionnel », explique Éric en se remémorant sa première vie professionnelle. La suite ira à l’avenant, nous le verrons. Après quelques années, c’est en 2002 qu’Éric prend un premier virage, où plutôt une petite bifurcation, restant dans le même milieu, mais en pharmacie de ville, devenant cette fois-ci entièrement préparateur. En parallèle, avec un nouveau diplôme en poche, lui donnant la possibilité cette fois-ci d’évoluer en milieu hospitalier, il rejoindra Saint-Louis pour trois années.

Un parcours rectiligne, et pourtant : « Depuis petit, ma passion, ce sont les trains ». Cette passion, qui ne l’a jamais quitté, se fait de plus en plus présente à mesure qu’Éric poursuit sa vie professionnelle dans un secteur qui, certes, lui convient, mais pour lequel son engouement faibli. Fin 2005, sa décision est prise, irrévocable : il démissionne, après qu’un ami, qui travaillait sur la ligne 5 à l’époque, lui ait parlé des campagnes de recrutement de la RATP. Il prend contact avec la régie pour tenter de devenir conducteur, « et rien d’autre », précise-t-il.

La suite se fait naturellement, le premier contact avec le milieu, lors de ses formations, lui confirme que le choix était le bon. Pendant 3 mois, il apprend le métier, avec de nouveaux arrivants, mais aussi des agents RATP en mobilité professionnelle. A l’issue de cette formation, réalisée pour sa partie pratique sur la ligne 9 du métro, il obtient haut-la-main son examen, et ses bonnes notes lui permettent de choisir la ligne sur laquelle il travaillera parmi celles proposées. Il choisira alors l’attachement conducteur d’Invalides, aujourd’hui disparu. « Ces attachements, qui sont les lieux de regroupement – ou de base – de plusieurs conducteurs, rayonnent sur une ou plusieurs lignes, et j’ai ainsi pu entamer ma vie professionnelle de conducteur sur la ligne 13, mais aussi sur les lignes 8 et 9, en réserve ». (NDLR : la ligne 9 ne passe pas par Invalides, mais les conducteurs de l’attachement en question pouvaient alors, rapidement, rejoindre la ligne en quelques minutes de marche ou de transport, selon les horaires). Sa première sensation seul en cabine ? « J’ai fait de l’huile », explique Eric, une expression qui signifie pour lui un léger sentiment de stress. Et pourtant, il se dit immédiatement que « c’est bel et bien ce métier que j’attendais ». Si la ligne 13 reste une ligne chargée, elle l’était bien davantage à l’époque : « C’était au début des premiers lourds changements, l’arrivée de trains rénovés, d’importants travaux, l’ouverture du PCC (poste de commande centralisé) à Malakoff. Avec le recul, c’était très formateur ».

En 2008, direction la ligne 2 pour quelques mois, avant de rejoindre la ligne 6, sur laquelle Eric lorgnait depuis quelques temps. « Une ligne très agréable, avec des portions aériennes qui permettent de conduire dans un cadre splendide ». En parallèle, il est conducteur de réserve : sa mission est de suppléer ses homologues sur d’autres lignes (1, 2, 4, 8, 9 et 13). « Les trains de la ligne 1, aujourd’hui dévolus à la ligne 4, étaient totalement différents, et très agréables à conduire ». Éric restera 7 ans sur la ligne 6. En parallèle, il devient moniteur de conduite, et prend plaisir à transmettre en pratique les cours théoriques tout juste appris par les jeunes recrues. Il est également en charge des visites de secteur : les nouveaux venus trouvent en lui un ambassadeur, qui connait la ligne 6 comme sa poche, et leur fait découvrir les terminus, la signalisation ou les garages, notamment.

Si Éric a « adoré » ses 10 années de métro, son but était identifié lors de son entrée à la RATP : conduire des RER. Dès ses premiers mois dans l’entreprise, il demande à être affecté sur ce réseau, sachant que l’attente peut être longue. Dix ans plus tard – en 2016 donc – le voici sur la ligne B. « C’était celle que j’avais demandé, je ne pouvais pas être plus heureux ». Pour ce breton d’origine, les complexités de la ligne ne sont pas un obstacle. Éric reprend donc une formation spécifique « même si certains acquis sont très utiles », et passe des tests psychotechniques multiples : tout y passe, en plus de l’apprentissage de la conduite de ces trains d’un autre gabarit, et pour lesquels la réglementation est à assimiler en double, co-exploitation RATP-SNCF oblige.

Au quotidien, Eric est basé à l’attachement de Massy-Palaiseau, l’un des plus importants de la ligne B. Proche des clients, certains le reconnaissent et le saluent, un lien s’est même tissé avec d’autres. Ce qu’il aime sur le RER B ? « La diversité des paysages rencontrés, et surtout ceux qui sont en pleine campagne, qu’il s’agisse d’une partie de la branche de Mitry-Claye ou de la vallée de Chevreuse ». S’il reconnait que les travaux sont « lourds », il les estime nécessaires, anticipant que, lors de l’ouverture des lignes de métro qui croiseront le RER B (les futures lignes 15, 16, 17 et 18), les déplacements seront plus aisés.

Et demain ? Eric souhaite bien entendu continuer à conduire et à transmettre son savoir. Demandeur, il se verrait bien contribuer, à sa manière, au développement de futures lignes.

D’ici là, ce passionné n’abandonne pas le rail à ses heures libres, ayant fait de celui-ci également l’un de ses hobbies : il est en effet trésorier de l’Association des Passionnés de la Simulation Ferroviaire par l’Informatique (APSFI). Celle-ci développe de nombreux parcours ferrés numériques, que vous pouvez suivre comme si vous étiez véritablement en cabine de conduite. Passion, quand tu nous tiens…

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